Avec Jean-Pierre du Pont
Devenu paria à plus de 80 ans, il erre, divague et délire comme une âme en peine. On le signale désormais dans un pays africain, dont le nom est soigneusement tu, depuis son départ de Turquie — qu’il soupçonnait de collaborer avec son successeur, Mamady Ndoumbouya, placé à la tête de sa garde prétorienne, malgré les avertissements répétés de son propre ministre de la Défense, désormais emprisonné.
Le pouvoir est une drogue capable de faire perdre toute raison. Saint-John Perse l’avait écrit : « Le pouvoir corrompt et le pouvoir absolu corrompt absolument. » Alpha Condé en est l’illustration.
Issu d’une élite africaine convaincue de détenir le monopole de la gestion publique, Condé, ancien militant indépendantiste, s’est comporté dans son pays comme un proconsul, reproduisant les vices qu’il dénonçait autrefois chez le colon. Influencé par un entourage flatteur, il s’est permis un troisième mandat, en violation de la constitution, s’inspirant de pratiques observées ailleurs en Afrique de l’Ouest.
La quasi-totalité des tyranneaux du pré-carré de la Françafrique sont issus de ce même moule.
Certains de ces dirigeants, anciens militants indépendantistes, considèrent que, comme dans la Grèce antique, la gestion du patrimoine public leur revient de droit, selon des critères qu’ils seuls définissent. Par mimétisme, ils reproduisent les vices qu’ils dénonçaient autrefois chez le colon. Autant dire que, plus qu’une indépendance réelle, ce sont simplement les gouverneurs coloniaux à la peau blanche qui ont été remplacés par des gouverneurs à la peau noire. Se met alors en place ce que l’on pourrait appeler le syndrome du roi Salomon : « le jour où un ancien esclave devient roi, il fait souffrir ses anciens compagnons plutôt que de les affranchir. »
Alpha Condé, ancien condisciple de lycée de Bernard Kouchner — fondateur de Médecins Sans Frontières et Médecins du Monde, qui avait rédigé une étude rémunérée deux cent mille euros par Omar Bongo pour constater l’absence de couverture médicale au Gabon — s’est comporté dans son propre pays comme un proconsul des anciennes provinces de l’Empire ottoman à l’époque de Soliman le Magnifique (1494-1566).

Reclus dans son palais, loin de sa femme, il se laissait influencer par des femmes commerçantes et un cercle de courtisanes. Ces dernières ont fini par le persuader qu’il pouvait, en violant la constitution, briguer un troisième mandat sans conséquence, à l’image de son « compatriote » Alassane Ouattara en Côte d’Ivoire, avec lequel il partage une origine paternelle des environs de Bobo-Dioulasso et Banfora.
Mal lui en a pris. Devenu paria à plus de 80 ans, il erre, divague et délire comme une âme en peine. On le signale désormais dans un pays africain, dont le nom est soigneusement tu, depuis son départ de Turquie — qu’il soupçonnait de collaborer avec son successeur, Mamady Ndoumbouya, placé à la tête de sa garde prétorienne, malgré les avertissements répétés de son propre ministre de la Défense, désormais emprisonné. Qui pourrait blâmer le président turc de rester en bons termes avec la nouvelle autorité guinéenne, dans un pays dont le sous-sol regorge de troisièmes réserves mondiales de bauxite ?
Si Alpha Condé, qui s’étonnait publiquement que des officiers du Cameroun — pays où il a travaillé pour un groupe sucrier français — ne fassent pas de coup d’État, avait été moins gourmand et plus respectueux de la constitution de son pays, il vivrait aujourd’hui paisiblement, entouré des siens, consulté pour sa sagesse comme Abdou Diouf.
Au lieu de cela, à 87 ans, il vit désormais comme un fugitif veuf et solitaire. Un jour, il sera retrouvé mort seul dans son lit. Quelle triste fin pour un homme qui aurait pu connaître une issue bien meilleure, mais qui a payé le prix de son ambition et de son aveuglement face aux règles qu’il était censé respecter.
