Si nous laissons la parole publique se réduire à des spectacles viraux, nous perdrons lentement — mais sûrement — la capacité de décider rationnellement de notre destin commun. Et c’est cela, au fond, l’enjeu : reprendre la maîtrise de nos sociétés, de nos débats et de nos vies — loin des hashtags, des logiques marchandes et des dynamiques de courte durée.
Ils sont devenu riche abandonnant KAMTO pour ISSA.
C’est la loi du NKAP, ISSA a vite fait d’ajouter pour qu’ils reprennent du service. Ils sont de retour.
Que font les nouveaux ROIS DU CLIC de l’argent qu’il gagnent quand ils arrivent à pousser les Camerounais a detruire les commerces des pauvres citoyens et les édifices de notre république
: quand les réseaux sociaux font et défont la République
Il est temps de regarder la réalité en face : au cœur du XXIᵉ siècle, la couronne ne se gagne plus seulement dans les urnes ni dans les palais ministériels — elle se conquiert par le nombre de vues, des artages et de « j’aime ». Boris Bertolt, Paul Chouta, Nzui Manto et tant d’autres sont devenus, pour une frange importante de nos concitoyens, des autorités d’opinion. À défaut d’être des responsables publics élus, ils exercent une influence politique réelle — parfois plus forte que celle d’un député ou d’un ministre.
Ce phénomène n’est pas neutre. Il y a quelque chose d’inquiétant à voir des individus qui, hier encore, venaient d’horizons modestes ou discrets, se transformer en véritables prescripteurs d’émotions collectives. Par la puissance de la mise en scène, par la mécanique virale, ils savent créer des narrations explosives : l’indignation instantanée, la colère organisée, la rumeur amplifiée. Et lorsque la colère devient action de rue, lorsque des scènes de vandalisme éclatent, il est légitime de s’interroger sur la responsabilité — morale et politique — de ceux qui attisent ces flammes.
Nous sommes face à plusieurs dérives :
— une concentration de l’attention entre les mains d’un petit nombre ;
— une industrialisation de la colère où l’émotion prime sur la vérification ;
— une disjonction entre parole et conséquence : beaucoup prônent la bravoure en ligne tandis que leurs proches, souvent, restent à l’abri ;
— une valorisation de la diaspora comme modèle inconditionnel, même lorsque la réussite affichée repose davantage sur la notoriété numérique que sur une insertion consolidée dans la société qui les accueille.
Il faut rappeler une chose simple et décisive : la popularité n’est pas la compétence. La viralité n’est pas la vertu. Un grand nombre d’abonnés ne légitime pas l’appel à la rue, ni la banalisation de la haine, ni la glorification de la violence. L’idéal serait que ces voix soient tenues pour ce qu’elles sont — des voix, influentes certes, mais soumises au même examen critique que toute autre force politique ou sociale.
Aux Africains restés sur le continent, je lance un appel : choisissons ce que nous voulons pour nos nations. Ne confondons pas émotion et projet d’avenir. Exigeons de nos leaders — qu’ils aient un QG, un statut électif ou une page à millions d’abonnés — la transparence sur leurs sources de financement, l’acceptation de la contradiction et la responsabilité des paroles publiques. Réclamons des contre-pouvoirs médiatiques indépendants, des programmes d’éducation aux médias et une meilleure réglementation des plateformes pour limiter la désinformation organisée.
Enfin, ne cédons pas au ressentiment simpliste contre la diaspora ni à la tentation d’exclure. La diaspora apporte souvent des ressources, des compétences et des histoires de réussite. Mais cessons d’idolâtrer l’image et remettons la réalité au centre : la construction d’un État digne ne passera ni par la célébrité instantanée ni par la manipulation émotionnelle, mais par l’institution, la justice sociale, l’éducation et la responsabilité collective.
Si nous laissons la parole publique se réduire à des spectacles viraux, nous perdrons lentement — mais sûrement — la capacité de décider rationnellement de notre destin commun. Et c’est cela, au fond, l’enjeu : reprendre la maîtrise de nos sociétés, de nos débats et de nos vies — loin des hashtags, des logiques marchandes et des dynamiques de courte durée.
