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En 2004, Paul Biya charge son secrétaire général, Jean-Marie Atangana Mebara de former un nouveau gouvernement. Il lui donne une liste de quatre ou cinq noms pour des postes clés. Pour le reste, il demande à son collaborateur de lui faire des propositions « en tenant compte des équilibres ».

De quoi Atanga Nji est-il le nom ?

En 2004, Paul Biya charge son secrétaire général, Jean-Marie Atangana Mebara de former un nouveau gouvernement. Il lui donne une liste de quatre ou cinq noms pour des postes clés. Pour le reste, il demande à son collaborateur de lui faire des propositions « en tenant compte des équilibres ».

Quelques jours plus tard, Jean-Marie Atangana Mebara dépose sa copie sur la table du président de la République. Celui-ci est satisfait, mais regrette de ne pas voir dans ce futur gouvernement un nom. « Lequel, Monsieur le président ? », demande Atangana Mebara. « Monsieur Atanga Nji », répond Paul Biya.

Le secrétaire général est surpris. « Sauf votre respect, Monsieur le président, on ne peut pas nommer un homme pareil dans le gouvernement ! »

« Ah bon ?! Pourquoi ? Il n’est pas camerounais ? », rétorque Paul Biya, d’une voix éraillée et l’air faussement candide.

« Si. Il est camerounais, Monsieur le président. Mais il est d’une moralité très douteuse. C’est un repris de justice et nommer un tel personnage serait un désastre pour la fonction ministérielle. »

« Il n’empêche ! J’aime bien son militantisme », coupe Paul Biya, avant d’éconduire son collaborateur encore sous le choc.

Cette année-là, Paul Atanga Nji n’entrera pas au gouvernement. Paul Biya attendra des années plus tard, quand Jean-Marie Atangana Mebara ne sera plus en fonction, pour nommer Paul Atanga Nji…

Voyez-vous, il y eut un temps où il y avait encore à la tête de ce pays des gens qui avaient malgré tout une haute idée du Cameroun et de ce que la République veut dire.

Puis, devenu vieux et affaibli, le président fut pris en otage par une engeance de jouisseurs impénitents et incompétents. Les conséquences sont là : brutalisation de la vie publique, arrestations arbitraires, anéantissement des institutions, pillage systématique de la fortune publique. La rigueur et la moralisation promises par Paul Biya aux premières heures de son magistère ont laissé la place au vice et à un bordélisme sans précédent au cœur de la République. Le pays est foutu.

Qu’on ne s’y trompe pas. L’arrogance avec laquelle le ministre Atanga Nji – notre shérif tropical – opère, tient au soutien total dont il jouit de la part du gouvernement dans son ensemble.

Lequel de ses collègue a-t-il jamais osé lever le moindre petit doigt pour protester contre ses méthodes ? Aucun. Ils ne sont donc pas différents. Ils sont même pires. Lui, au moins, assume ce qu’il est : un faucon. Au nom de Paul Biya.

Jean-Bruno Tagne

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