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Avec Mamadou MOTA

Dans l’ocre et la rumeur d’un Cameroun natal, L’âme d’Anicet s’éveilla sans bruit. Il n’est d’enfance qu’une mémoire qui luit, Un chemin de terre, un horizon vital. Il apprit le silence des hommes debout, Le prix du verbe pur dans l’air lourd de l’attente.

Son cœur n’eut point d’autre écho, d’autre hantise battante, Que la justice simple au-delà des verrous. Il voyait, non pas le poète solitaire, Mais l’artisan austère qui, sous le ciel de cendre, Forge, mot après mot, ce que l’histoire doit rendre : La vérité à nu, refusant le suaire. Il a marché longtemps, portant le devoir las, D’un peuple sans paroles sous la loi de l’abus. Il n’est de sentier juste que celui qui, déçu, Sait qu’il ira mourir où la raison trépasse.

Mais l’homme devint Loi, et le Verbe, son glaive. Il n’était plus question de rêves ingénus ; Face aux codes fardés et aux jugements nus, Il se fit Procureur d’une cause sans trêve. Telle la rupture chère au Me Souop, sa plaidoirie était un acte séditieux. Il dénonçait la faute à l’ombre de leurs Dieux, La comédie amère des pouvoirs sans accès. Ce n’était pas un duel, c’était une guerre : Contre l’Ordonnance qui tait et qui opprime, Contre l’Édifice bâti sur le crime, Contre la légitimité dont le masque est de verre. Il disait : « Nul état n’est sans tache, sans vice, Si l’oxygène est vendu au prix de l’obéissance. » Il fit de chaque dossier un cri de délivrance, Un testament de doute face à l’injustice.

Puis vint le mur froid, le silence de la geôle. Le corps, simple esquif, s’échoua sur le ciment. La dignité y brille d’un éclat véhément, Comme la dernière braise sous la poussière folle. Il y médita l’échec, non le sien, mais celui De la nation promise et jamais accomplie. Il vit les barreaux d’ombre, la lumière affaiblie, Le temps qui s’étire dans l’oubli et l’ennui. Et, tel un Yondo Black devant son cyprès sobre, Il accepta l’ultime sentier, sans retour, Où le citoyen juste finit son parcours : Prisonnier du néant dans l’attente d’octobre. Il a serré les dents, entendu l’heure lourde, Non pas en martyr cherchant la vaine gloire, Mais en homme vrai écrivant son histoire Dans cette cellule étroite où la vie est absurde.

Mais ce qui fut la fin, n’est pas un terme vague : Ce n’est point l’âge, ou Dieu, ou le destin fatal. C’est le refus d’Air, le Silence Tribal, Le souffle confisqué au-delà de la vague. Dans l’acte d’accusation posthume et criant, Il y a cette phrase, défense implacable : « L’État a fait de l’Air une chose jetable, Un privilège offert, non un droit bienveillant ! » Il est mort d’étouffement, comme on tue une idée Que l’on veut voir disparaître sans laisser de trace. Anicet Ekane est l’ombre qui nous dépasse, Le cadavre accusateur dans l’heure décidée. Que sa mémoire brûle ! Car mourir sans le vent, C’est le crime parfait de la lâcheté armée. Sa lutte est dans son absence, sa vie consommée ; Il est le Silence Terrible qui nous reste à présent.

L’héritage d’Anicet Ekane demeure dans sa quête inébranlable de justice et de vérité.

MM

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