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Parce que c’était lui; Consty EKA Il y a des hommes qui ne se contentent pas de vivre dans un village : ils le fondent, ils l’agrandissent, ils le peuplent de leurs gestes.

Tara Mebenga Constantin était de ceux-là. Et dans le sillage de ce patriarche, un autre prénom s’est mis à circuler comme une monnaie d’affection et de reconnaissance : Constantin. Il y en avait partout, dans chaque case, dans chaque salle de classe, au point que l’instituteur, un peu dépassé, avait dû inventer une numérotation comme on classe des étoiles : Constantin 1, Constantin 2, Constantin 3…

Mais dans la cour, les enfants, eux, savaient mieux. Ils avaient leurs propres catégories, leurs propres manières de dire l’unicité dans la répétition. Il y avait Constantin le gaucher. Il y avait Constantin À cause! — nul ne sait pourquoi, mais tout le monde comprenait. Et puis il y avait Consty. Consty Eka. Celui dont le nom roulait comme un diminutif d’affection, un sourire dans la bouche, un clin d’œil dans la voix.

Consty, c’était celui qui portait l’héritage sans jamais s’en vanter. Celui qui, parti du village où les homonymes se multipliaient comme des bénédictions, avait traversé Paris avec la même aisance qu’on traverse une cour de récréation.

Désiré Atangana Onambélé dans son éloge panégyrique l’a rappelé : il a fait rayonner la culture africaine alors qu’il était encore étudiant, avec cette manière tranquille de ceux qui savent d’où ils viennent et où ils vont.

Puis Abidjan l’a accueilli, et il s’y est donné tout entier. Là-bas, sur les bords de la lagune Ébrié, il a construit l’essentiel de son œuvre, de sa carrière, de son influence. Il croyait à l’Afrique — non pas comme un slogan, mais comme une respiration.

Il la portait en lui, il la servait, il la racontait, il la vivait. Il était elle. Et aujourd’hui, alors que son nom s’est éteint sur ces mêmes bords d’eau, il continue pourtant de circuler. Comme au village. Comme dans la cour. Comme dans les voix de ceux qui l’ont connu. Il reste Consty : familier, proche, chaleureux, un peu espiègle, profondément digne.

On ne perd jamais vraiment quelqu’un qui a su habiter le monde avec cette intensité-là. On le retrouve dans les gestes qu’il a transmis, dans les rires qu’il a déclenchés, dans les chemins qu’il a ouverts. On le retrouve dans les vies qu’il a touchées, dans les mémoires qu’il a tissées, dans les héritages qu’il laisse sans jamais les avoir revendiqués.

Consty Eka n’est pas seulement un souvenir. Il est une manière d’être au monde. Une manière d’aimer l’Afrique sans bruit, mais avec constance. Une manière de marcher droit, même quand la route se dérobe. Une manière de faire famille, même loin du village.

Et aujourd’hui, en saluant sa mémoire, c’est un peu de nous-mêmes que nous saluons : ce que nous avons reçu, ce que nous devons transmettre, ce que nous refusons de laisser mourir.

Consty, tu restes. Dans les mots, dans les gestes, dans les terres que tu as fécondées, dans les villes que tu as traversées, dans les cœurs que tu as habités. Tu restes, parce que tu as vécu comme vivent les hommes qui comptent : sans bruit, mais avec profondeur.

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