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Avec PARIS MATCH

Ses amis décrivent une femme aimante voulant protéger son mari, d’autres la soupçonnent de tirer les ficelles pour maintenir un clan au pouvoir.

C’est une première dans l’histoire contemporaine : s’il est élu pour un huitième mandat, Paul Biya est assuré de rester au pouvoir jusqu’à ses 99 ans. Certains décrivent déjà un vieillard cacochyme, d’autres jurent qu’il va bien. Cité dans le Figaro, un ministre prétend que le président « est très concentré et travaille tout le temps ». « Je l’ai vu il y a un mois, nous dit Patricia Balme, sa fidèle communicante, et il va bien ». Mais qu’en sera-t-il quand il aura 96 ou 97 ans et sera encore à la tête du pays ?

Alors que sa victoire semble acquise, tous les projecteurs se braquent sur sa femme Chantal, 54 ans. Connue pour sa coiffure sculpturale, ses tenues aux couleurs vives et son sens de la fête, elle est aussi l’une des Premières dames les plus puissantes du continent. Dans le livre « Reines d’Afrique, le roman vrai des Premières dames » publié en 2014 (Éditions Perrin), le journaliste Vincent Hugeux la décrivait comme « la First Lady d’Afrique dont la trajectoire est la plus romanesque et qui se prête le plus à un préambule de « conte de fées ». »

« Paul Biya en était fou amoureux »

Elle est née à Dimako, village perdu dans l’immense forêt de l’est du pays, d’une mère ancienne reine de beauté qui fut Miss Bertoua en 1967 et d’un père français qui travaillait dans une société forestière industrielle. Fille unique, elle est élevée par une mère célibataire. Chantal monte à Yaoundé à la fin des années 80. « Elle a été coiffeuse, raconte Vincent Hugeux, barmaid, serveuse, apprentie mannequin avant d’épouser Paul Biya, veuf inconsolable. » Leur rencontre remonte au début des années 90 lors d’un baptême. Chantal n’a que 23 ans. « Il en était fou amoureux, raconte Patricia Balme, quand il l’a emmenée à l’opéra à Venise, c’était la première fois qu’elle quittait le Cameroun : on aurait dit « Pretty woman ». » Les noces ont lieu en 1994. Le sexagénaire est alors président du Cameroun depuis « seulement » douze ans.

Au Palais, l’accueil réservé à la nouvelle Première dame est glacial, car le souvenir de Jeanne, l’ancienne Première dame, est encore vivace. Chantal se montre discrète et habile. Elle s’engage dans les actions humanitaires et crée la Fondation Chantal Biya qui s’illustre en particulier dans la recherche contre le sida. En 2007, les professeurs Luc Montagnier et Robert Gallo, codécouvreurs du virus VIH, lui donnent leur caution scientifique et assistent à Yaoundé à l’inauguration du premier centre de recherche exclusivement dédié à la recherche contre le sida. À cette occasion, Claudia Cardinale, ambassadrice de bonne volonté à l’Unesco, tresse des éloges à la Première dame.

Opacité

Presque vingt ans plus tard, Paul Biya est toujours en place. Chantal aussi. Leurs trente années de mariage sont aussi trente années d’exercice du pouvoir. Trente années de vie de palais. Au Cameroun, toutes les décisions remontent à la présidence. Le dernier conseil des ministres a eu lieu en 2019. Or, Paul Biya n’a plus l’énergie de ses trente, ni de ses soixante-dix ans. « L’une des particularités du régime, c’est son opacité, nous explique le journaliste camerounais Jean-Bruno Tagne. Personne ne sait qui fait quoi. Plusieurs clans se sont formés. Parmi ceux-là, il y en a un dont fait partie l’épouse du président, sa pantagruélique épouse, notre Marie-Antoinette à nous. »

La cheville ouvrière de ce groupe est le puissant secrétaire général de la Présidence Ferdinand Ngoh Ngoh. L’hebdomadaire Jeune Afrique le décrit comme « le plus proche collaborateur du chef d’État et le détenteur d’une délégation permanente de signature ». En octobre 2022, un ministre faisait une confidence intéressante au journaliste Mathieu Olivier de Jeune Afrique : « Ngoh Ngoh donne des ordres que peu de ministres osent contredire, même si beaucoup se sont parfois demandé s’ils émanaient du chef de l’État. » En d’autres termes, la question se pose déjà, depuis plusieurs années, de savoir qui règne sur le pays.

Va-t-elle prendre le pouvoir ?

Plusieurs articles soulignent l’importance de la Première dame. « Des dizaines de politiques et hauts fonctionnaires lui doivent leur carrière », écrit encore Jeune Afrique. Son bras droit, Oswald Baboké, pasteur de la Chapelle de la gloire de Christ et directeur adjoint du cabinet civil de la présidence, est un homme puissant. Elle est également très proche de Nathalie Moudiki, la reine du pétrole camerounais. Cette dernière est l’épouse d’Adolphe Moudiki, ancien dirigeant historique de la Société Nationale des Hydrocarbures (SNH). Elle en a été la directrice juridique puis en a pris les rênes au fur et à mesure que son mari s’en éloignait [•••] suite en commentaire.

Avec Paris Match et Le courrier du cameroun

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