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Avec Venant MBOUA

Laissez à la postérité l’image de patriarches qui ont su, au crépuscule de leur vie publique, sauver l’honneur de la République. Le Cameroun ne vous demande pas l’impossible. Il vous demande simplement de parler, de dire la vérité, de vous tenir debout.

Lettre ouverte aux patriarches politiques, compagnons de première heure du Président Paul Biya.

À M. Jean Nkuété, M. Laurent Esso, M. René Emmanuel Sadi.

Messieurs,

En ces heures troubles où le Cameroun chancelle sous le poids d’une crise post-électorale sans issue apparente, je prends la plume non pour accuser (pour une des rares fois), mais pour interpeller — avec respect, mais aussi avec la gravité que commande l’histoire.

Vous êtes, Messieurs, les témoins vivants de plus d’un demi-siècle de vie publique au service du Cameroun et aux côtés du Président Paul Biya. Vous avez façonné l’État, administré ses institutions, porté sa voix dans les grandes instances nationales et internationales. Votre signature, votre expérience, votre parole ont compté dans l’édification du pays.

Mais aujourd’hui, l’histoire vous regarde à nouveau. Et le silence devient une forme de complicité.

À vous, M. Laurent Esso,

Je me permets une interpellation personnelle.

Vous étiez chancelier de l’Université de Yaoundé lorsque, jeune étudiant, j’y fis mes premiers pas en octobre 1987. Votre nom inspirait respect, rigueur, autorité morale.

Aujourd’hui, quel enseignement de citoyenneté, quel exemple de courage politique donnez-vous à ceux de ma génération, devenus à leur tour des responsables, des chefs de famille et même des grands-parents ?

L’homme de culture, le juriste éminent, le serviteur de l’État que vous êtes, peut-il se résoudre à contempler en silence la lente décomposition du pays pour lequel il a tant donné ?

Messieurs Nkuété, Esso, Sadi,

Vous êtes les derniers témoins d’une époque où la politique camerounaise était encore une école de rigueur, de respect des institutions et du sens de l’État. Aujourd’hui, comment vivez-vous le fait de voir le Président Biya, votre compagnon de route, s’entourer d’hommes dont beaucoup n’ont ni votre expérience, ni votre culture politique, ni même le sens élémentaire de la responsabilité nationale ?

Comment acceptez-vous de recevoir des instructions, souvent contraires à l’intérêt supérieur de la nation, véhiculées par des intermédiaires dont la seule loyauté est celle du profit personnel ?

Ne ressentez-vous pas une blessure d’âme, une honte silencieuse, en voyant le Cameroun se déliter, se vider de sa jeunesse, se diviser ? Quel héritage moral et spirituel entendez-vous laisser aux jeunes camerounais, vos enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants ?

L’heure n’est plus à la prudence calculée, mais au courage.

Les contestations se multiplient, les frustrations s’expriment, les tensions montent.

Dans les jours qui s’annoncent, allez-vous, Messieurs, vous associer à la répression ?

Allez-vous cautionner, par votre silence ou par vos fonctions, la violence qui pourrait s’abattre sur les enfants de la Nation, vos propres enfants, vos petits-enfants, voire vos arrière-petits-enfants ?

Il n’est pas trop tard pour parler. Vous, les patriarches politiques, avez encore le pouvoir moral de prévenir le pire. Vous avez la légitimité historique pour dire à Paul Biya la vérité : celle que seul un ami sincère ose prononcer. Le Cameroun a besoin de votre parole. De votre discernement. De votre courage.

Messieurs,

L’histoire ne retiendra pas seulement vos titres et vos fonctions.

Elle retiendra surtout ce que vous aurez fait ou ce que vous aurez refusé de faire, dans ces heures décisives. Vous devez choisir : rester prisonniers d’un homme à bout de souffle, ou redevenir les hommes d’État que la nation a admirés.

Laissez à la postérité l’image de patriarches qui ont su, au crépuscule de leur vie publique, sauver l’honneur de la République. Le Cameroun ne vous demande pas l’impossible. Il vous demande simplement de parler, de dire la vérité, de vous tenir debout.

Respectueusement mais avec gravité, donnez-nous la paix!

Venant Mboua

Citoyen camerounais

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