Avec Jeanne Durieux AFP
Un groupe d’officiers supérieurs a tenté de s’emparer du pouvoir ce dimanche matin. Ils ont été mis en échec et le président Talon serait «en sécurité».
La situation s’éclaircit au Bénin, après une tentative de coup d’État ce dimanche matin. Cette dernière a été mise en «échec», a annoncé le ministre béninois de l’Intérieur à la télévision nationale.
«Un groupuscule de soldats a engagé une mutinerie dans le but de déstabiliser l’État et ses institutions. Face à cette situation, les forces armées béninoises et leur hiérarchie» ont «permis de garder le contrôle de la situation et de faire échec à la manœuvre», a déclaré le ministre Alassane Seidou.
Ce dimanche dans la matinée, un groupe d’officiers avait annoncé à la télévision publique «démettre de ses fonctions» le président Patrice Talon, en poste depuis 2016. Ce groupe de militaires, qui se proclame «le Comité militaire pour la refondation (CMR)», «réuni dimanche 7 décembre 2025, a délibéré et décidé ce qui suit: M. Patrice Talon est démis de ses fonctions de président de la République», avaient déclaré les militaires. Ces derniers avaient également annoncé suspendre la Constitution, toutes les institutions et les partis politiques. Ils avaient également affirmé fermer les frontières du Bénin.
Camp Guezo…
Selon les informations de Jeune Afrique , les militaires auraient tenté de prendre d’assaut la résidence présidentielle mais auraient été repoussés. Ils avaient en revanche «pris le contrôle du siège de la télévision nationale, qui passait ce dimanche matin en boucle leur message», poursuit le quotidien spécialisé dans l’actualité africaine. L’armée régulière, avait repris «le contrôle» et sécurisé la ville et du pays, a indiqué une source proche du chef d’État à l’AFP.
L’ambassade de France au Bénin a indiqué sur X que des «coups de feu» avaient été signalés à Camp Guezo, à proximité du domicile du président de la République. L’institution a invité les Français résidant au Bénin à «rester à leur domicile, jusqu’à nouvel ordre, le temps que la situation soit pleinement clarifiée».
La situation «sous contrôle»
Dimanche matin, les accès à plusieurs zones, notamment le Sofitel, hôtel cinq étoiles de la capitale économique, tout comme les quartiers regroupant des institutions internationales étaient également interdits. Aucune présence militaire n’était toutefois signalée à l’aéroport et dans le reste de la ville, la population vaquait à ses occupations.
Histoire politique agitée
L’histoire politique du Bénin a été jalonnée de plusieurs coups d’État ou tentatives. Patrice Talon, au pouvoir depuis 2016, doit arriver en 2026 au terme de son second mandat, le maximum autorisé par la Constitution. Le principal parti d’opposition est écarté de la course qui opposera le parti au pouvoir et un opposant dit «modéré.»
S’il est salué pour le développement économique du Bénin, Patrice Talon est régulièrement accusé par ses détracteurs d’avoir opéré un virage autoritaire dans un pays autrefois salué pour le dynamisme de sa démocratie.
Voici le communiqué lu par les militaires à la télévision d’Etat ce dimanche
En ce jour du 7 décembre, les Forces de Défense et de Sécurité (FDS), après une profonde réflexion, ont décidé de prendre leurs responsabilités. Elles ont ainsi pris le contrôle en raison de plusieurs préoccupations majeures :
Motifs sécuritaires et institutionnels
• La dégradation de la sécurité.
• L’ignorance et l’abandon des frères d’armes tombés.
• Les promotions arbitraires à des grades supérieurs.
• Les mises à la retraite non justifiées de militaires.
• Les radiations abusives au sein des forces armées.
Motifs sociaux
• La radiation de la prise en charge des personnes sous dialyse, entraînant des décès en cascade.
• Le dénigrement du corps enseignant.
• La précarisation des enseignants à travers le système des AME.
• La mauvaise gestion du secteur agricole.
Motifs économiques
• Les atteintes aux libertés économiques fondamentales.
• La confiscation de plusieurs secteurs de l’économie par une minorité.
• L’instauration d’impôts étouffants pour les populations.
• La confiscation de prêts et l’attribution opaque des marchés publics.
Motifs politiques
• L’exclusion totale des citoyens ayant des opinions contraires à celles du régime.
• La privation des droits fondamentaux.
• L’envoi en exil et les arrestations de citoyens.
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Décisions du Comité Militaire pour la Refondation (CMR)
Le CMR décide :
1. La suspension de la Constitution de novembre.
2. La dissolution de toutes les institutions.
3. La suspension de toutes les activités politiques.
4. La fermeture des frontières terrestres.
La prise du pouvoir traduit la ferme volonté du Comité Militaire pour la Refondation de mettre fin à l’exclusion, sans distinction.
La transition a pour objectif de restaurer la cohésion nationale.
L’Armée nationale exercera, jusqu’à nouvel ordre, l’ensemble des pouvoirs gouvernementaux.
Tous les fonctionnaires sont appelés à continuer leur travail.
L’Armée invite les populations à vaquer normalement à leurs occupations.
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Engagements du Comité Militaire pour la Refondation
Le CMR rassure la communauté internationale :
• Les droits humains seront respectés.
• L’Armée s’engage à redonner au peuple béninois l’espoir d’une aube nouvelle.
