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« Je veux ajouter que le Président avait aussi demandé que je vienne à cette séance de travail avec les noms des personnalités qui avaient participé à sa campagne électorale, avec les résultats dans les différentes circonscriptions.

C’est à partir de ces données que le Président a fait le choix des régions et départements qui devaient être « récompensés ».

Je précise que la liste des responsables de la campagne électorale, au niveau régional tout au moins, avaient été arrêtées par le Président-Candidat, par ailleurs Président National du Parti.

Après identification des circonscriptions à « récompenser », le Secrétaire général sortait la liste des hommes et des femmes qui avaient battu campagne dans ces départements, en même temps que son carnet des hauts fonctionnaires.

Cela peut peut-être vous surprendre, mais il y a des noms que j’ai proposés et qui n’ont pas été retenu par le Président.

LE PRESIDENT NE CONNAISSAIT PAS TOUS CES HAUTS FONCTIONNAIRES ET TECHNOCRATES…

Réponse : Peut-être pas tous, mais il connaissait un certain nombre. Ensuite c’était mon devoir lorsque le Président me sollicitait, de lui soumettre des noms de hauts fonctionnaires que je connaissais et dont, sur ses recommandations j’avais progressivement rempli mon « petit carnet».

Il y en a aussi qui sont entrés dans ce gouvernement et que je ne connaissais pas du tout.

EXPLIQUEZ-MOI !

Réponse : D’abord vous devez savoir qu’après une élection présidentielle, le Président élu reçoit des lettres et des mémorandums de toutes origines, expliquant les unes que son élection doit particulièrement au dévouement de telles et telles personnalités et les autres, que les populations de la région ou du département d’origine de ces personnalités seraient heureuses et infiniment reconnaissantes de voir leurs fils entrer au gouvernement.

Les autorités administratives adressent aussi leurs notes confidentielles sur les élites ayant le soutien des leurs ou ayant significativement contribué à la campagne électorale.

Les services de renseignements y vont aussi de leurs bulletins spéciaux. Enfin, il y a les partis politiques ayant pris part à la campagne du Président élu et qui attendent d’être récompensés en retour. Voilà globalement le décor dans lequel se déroule la formation d’un gouvernement après une élection présidentielle.

ALORS CELA SE PASSE COMMENT CONCRETEMENT?

Réponse : D’abord le Président m’a donné les noms des Chefs de département ministériel qui ne devaient plus faire partie du gouvernement. Ils étaient une dizaine: Mme BOMBA NKOLO Cécile, MM. HAMADJODA ADJOUDJI, ZE NGUELE René, MEVA’A M’EBOUTOU Michel, le Professeur OWONA Joseph, TANYI MBIANYOR OBEN, BEGHENI NDEH John, AOUDOU Joseph, AMBASSA ZANG Dieudonné, ADJI Abdoulaye et le Professeur TCHUENTE Maurice.

Certains partants ont emporté leurs ministres délégués ou leurs secrétaires d’État, comme au Ministère des Finances et du Budget où les deux ministres délégués (MM. MELINGUI Roger et NGUENANG Joseph Désiré) ont été remplacés en même temps que le ministre titulaire.

Parmi les sortants, il y avait deux personnalités à qui j’étais lié par une affection filiale (M. René ZE NGUELE), une admiration scientifique et humaine (les Professeur OWONA et TCHUENTE) ou fraternelle (M. Roger MELINGUI qui, pour moi, est d’une intelligence qui aurait mérité meilleure exploitation) ; et le Président connaissait mes relations avec ces personnalités.

Je n’ai rien pu faire pour qu’elles soient maintenues dans l’équipe ! Mais, après, j’entends dire que c’est moi qui ai fait le gouvernement de décembre 2004 !

IL Y A AUSSI DE VOS RELATIONS ANCIENNES QUE VOUS AVEZ FAIT ENTRER AU GOUVERNEMENT…

Réponse : Allons progressivement si vous le voulez bien. Après la liste des sortants, je parle des chefs de département, le Président vous indique les noms des personnalités à qui il entend confier des ministères de souveraineté ou d’importance stratégique; ce sont les ministères de la Défense, l’Administration Territoriale, les Relations Extérieures, la Justice, la Sûreté Nationale, l’Economie et Finances, fondamentalement.

En 2004, ces ministères et administrations ont été confiés respectivement à MM. ZE MEKA Rémy, MARAFA HAMIDOU YAYA, Laurent ESSO, ALI AMADOU, Alain MEBE NGO et ABAH ABAH Polycarpe. Ce ne sont pas tous des anciennes relations amicales. Je peux même vous révéler que j’ai cru devoir attirer l’attention du Président sur le fait que trois des personnalités dont il m’avait donné les noms étaient d’un même arrondissement, ZOETELE, dans le DJA et LOBO. Il m’a répondu assez rudement : « Ce sont d’abord des camerounais que je nomme M. le Ministre d’État. Sont-ils camerounais ? ».

À dire vrai, je n’émettais pas de réserve sur la nomination de ces personnalités, j’anticipais seulement les luttes fratricides qui ne manqueraient pas de naître de personnalités si différentes, toutes influentes dans cet arrondissement si riche en élites puissantes. Comme vous pouvez le voir, même mes petites observations ont été balayées d’un revers de la main.

….

QUAND LES NOMS SONT ARRETES QUE SE PASSE-T-IL ?

Réponse : Je saisissais moi-même les projets de textes, et je les imprimais dans mon bureau, pour éviter toute fuite. Ensuite je portais les projets au Chef de l’État qui relisait avant de les signer.

Après la signature du décret de nomination, le Président me chargera, avant d’envoyer les textes aux medias, de prévenir quatre ministres : HAMADJODA ADJOUDI, ZE NGUELE René, MEVA’A M’EBOUTOU Michel, le Professeur OWONA Joseph.

Ce ne fut pas une tâche facile pour moi, notamment par rapport à ceux à qui j’étais lié depuis longtemps et à qui je devais beaucoup comme le Ministre ZE NGUELE ou le professeur Joseph OWONA (qui avait été mon brillant enseignant de droit constitutionnel à la

Faculté de Droit et de Sciences économiques).

Je n’ai pas réussi à joindre les ministres HAMADJODA et MEVA’A (qui me retournera mon appel après la sortie des textes).

Je n’ai pas eu le courage d’informer directement « mon père» ZE NGUELE ; j’ai demandé à l’ainé AMADOU ALI de le faire à ma place; il m’a rendu compte qu’il l’avait fait avant que j’envoie les textes finalisés aux médias.

Le seul à qui j’ai pu parler fut le Professeur Joseph OWONA. Je crois même avoir été maladroit dans les circonlocutions que j’avais employées pour lui passer le message de son éviction du gouvernement.

COMMENT CELA ?

Réponse : Je ne me souviens plus exactement de ce que je lui ai dit, mais j’avais essayé d’enrober la pilule dans une formule du genre « le Président m’a chargé de t’informer qu’il va constituer un nouveau gouvernement et qu’il trouvera à utiliser tes talents autrement ».

Il m’a répondu que je peux rassurer le Président qu’il est toujours disponible. Je pensais alors qu’il avait compris et plutôt bien pris la chose. Seulement quelques minutes après, le Professeur me rappelle et me demande : « Mais concrètement tu voulais me dire tout à l’heure que je ne serai plus dans le gouvernement ?» ; je répondis « oui malheureusement. » Les textes furent dès lors remis à mon collaborateur chargé de les acheminer aux medias publics.

POURQUOI CES QUATRE MINISTRES SEULEMENT ?

Réponse : Je n’ai pas pu poser la question au Chef de l’État. J’ai présumé que c’était pour lui une marque d’attention particulière pour ces ministres qui avaient été pendant de nombreuses années ses collaborateurs. »

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