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Depuis son lancement en 2023, Luch-2 a manœuvré à proximité de 17 satellites européens. Des pratiques inhabituelles et dangereuses, donc suspectes, qui viseraient à collecter des données potentiellement sensibles.

L’espace, ce terrain de jeu que le renseignement russe continue d’exploiter. Le Financial Times révèle ce mercredi que des communications non cryptées d’au moins douze satellites européens clés auraient été interceptées par deux appareils russes. Un moyen pour Moscou de collecter des informations plus ou moins sensibles, mais aussi de manipuler les trajectoires de leurs cibles, voire de les faire s’écraser.

Les deux satellites russes en question, Luch-1 et Luch-2, sont dans le viseur des autorités européennes depuis des années, particulièrement dans le contexte de la guerre en Ukraine, qui a vu le Kremlin intensifier ses activités de renseignement spatial. Les appareils espions se seraient approchés dangereusement, parfois pendant plusieurs semaines, des plus importants satellites géostationnaires européens. 17 auraient ainsi été ciblés par Luch-2, selon le quotidien britannique.

Les deux appareils sont soupçonnés de « mener des activités de renseignement électromagnétique », alerte auprès du Financial Times le général Michael Traut, chef du commandement spatial de l’armée allemande. Les satellites européens en question sont majoritairement utilisés à des fins civiles, notamment pour la télévision par satellite. Et, plus rarement, pour des communications gouvernementales et militaires, bien plus sensibles. Ils desservent l’ensemble du Vieux Continent, ainsi que de vastes régions d’Afrique et du Moyen-Orient.

Communications non cryptées

« Les réseaux satellitaires sont le talon d’Achille des sociétés modernes », s’inquiétait Boris Pistorius, ministre allemand de la défense, en septembre dernier. De fait, la plupart des communications transitant par les appareils concernés seraient non cryptées. Une faille sécuritaire due à l’ancienneté des engins, placés en orbite à une époque où les capacités de cryptage étaient bien moindres. Et donc une brèche dans laquelle Moscou, comme potentiellement d’autres puissances, peut s’infiltrer.

Les satellites comme Luch Olymp-2 s’apparentent à des « butineurs » : en dérivant, ils profitent des signaux des objets placés sur leur route. « Il peut ainsi se placer auprès d’autres satellites, écouter leurs communications avec le sol et les transférer à des stations russes au sol. On imagine que les signaux pourraient être utilisés en support des opérations militaires russes, mais on ne sait pas précisément », nous assurait Norbert Pouzin, analyste orbital chez Aldoria, en mars dernier.

« Luch Olymp-2 serait capable d’intercepter les signaux des satellites de télécommunications et contribuerait au système de brouillage Tobol de la Russie », prévenait pour sa part la société française de surveillance de l’espace Look Up Space, dans un post sur LinkedIn. Sans compter le risque de collision, non négligeable.

Le Luch-1 détruit

En 2017, la France avait déjà repéré Luch-1 à proximité du satellite militaire franco-italien Athéna-Fidus, qui fournit des communications sécurisées aux armées des deux pays. Florence Parly, alors ministre des Armées, avait alors publiquement évoqué un « acte d’espionnage ». Depuis, plusieurs rapports ont associé ce satellite espion aux services russes de sécurité (FSB).

Le 30 janvier, ce même engin – également connu sous le nom d’Olymp (NORAD 40258) – s’est désintégré suite à une collusion avec des débris spatiaux, selon la société suisse de surveillance spatiale S2A Systems. Des images spectaculaires montrent sa désintégration dans l’espace. En dépit de cette perte, Moscou poursuit ardemment ses activités spatiales, comme le montrent les récents rapports d’activité de Luch-2.

Face aux menaces russes, mais également chinoises et américaines, la France veut elle aussi se lancer dans la « guerre des satellites ». En 2026 ou 2027, le satellite Yoda devrait ainsi rejoindre l’orbite géostationnaire (celle qui permet de survoler toujours le même point du globe), à 36 000 km, pour y patrouiller et éventuellement protéger d’autres objets, avant l’envoi d’un appareil plus abouti. Un moyen, selon le Commandement de l’espace (CDE), de « renforcer la crédibilité française ».

Avec AFP

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