Convoqué par la police, à Yaoundé, Georges Gilbert Baongla, qui prétend être le fils biologique du président Biya, ne s’est pas présenté devant les enquêteurs et a riposté depuis Los Angeles. Une affaire qui met en lumière sa rivalité avec Franck Biya.
Qui est donc Georges Gilbert Baongla, qui, depuis de nombreuses années, soutient qu’il est le fils biologique de Paul Biya , le président du Cameroun ? Cette question resurgit dans l’actualité, car l’homme d’affaires bien connu des Camerounais a été convoqué, le 28 avril 2026 à 10 heures, à Yaoundé, par les enquêteurs du Service central des recherches judiciaires (SCRJ) du Secrétariat d’État à la défense (SED).
Selon le document d’ « enquête de flagrance » signé, le 23 avril, par le lieutenant-colonel Bialo Dieudonné, chef du SCRJ, et que Jeune Afrique a pu consulter, Georges Gilbert Baongla devait répondre d’accusations de « cybercriminalité », de « diffamation » et d’autres faits connexes.
Mais l’intéressé ne s’est pas présenté. Il affirme à Jeune Afrique séjourner au Cameroun actuellement, mais conteste néanmoins les conditions de sa convocation. Baongla répond depuis les États-Unis Georges Gilbert Baongla a publié, le 25 avril, un communiqué, en anglais, portant l’en-tête de son mouvement, le Parti républicain. « J’ai été surpris de recevoir, via les réseaux sociaux, une convocation que je n’ai pas personnellement retirée.
Au moment où j’ai découvert cette convocation, j’étais en déplacement professionnel. Tout cela m’empêche de m’y conformer », écrit-il. « Mes conseillers seront consultés en urgence sur cette affaire », ajoute celui qui se présente comme un fils biologique de Paul Biya, en se fondant sur une ressemblance physique. Gênée, la présidence de la République n’a cependant jusqu’ici jamais pris la peine de le démentir. « L’option initialement envisagée était de l’interpeller directement [au Cameroun].
L’idée, en le plaçant en détention, était aussi de démontrer qu’il ne saurait être considéré comme un fils de Paul Biya [puisque] aucun fils du président ne saurait se retrouver en prison. Mais, comme il ne se trouvait pas dans le pays, la convocation a finalement été rendue publique », confie une source à Jeune Afrique. Le 28 avril, la police a émis une interdiction de sortie du territoire camerounais afin de restreindre les mouvements de l’intéressé.
Rivalité avec Franck Biya
L’affaire s’inscrit dans le contentieux qui oppose depuis longtemps Georges Gilbert Baongla à certains cercles du pouvoir, en particulier à Franck Biya, le fils du chef de l’État.
En retrait il y a encore quelques années, celui-ci est récemment apparu sur le devant de la scène, au point qu’on le cite comme l’un des favoris pour le poste de vice-président, créé au début d’avril.
Selon des sources sécuritaires, le déclenchement de la procédure à l’encontre de Georges Gilbert Baongla est lié à une intervention télévisée de l’intéressé, le 19 avril, au cours de laquelle il se présentait comme « le fils légitime de Son Excellence Paul Biya », tout en affirmant que « Franck Biya [n’était] que le fils adoptif » du président. Et qu’il serait donc, selon lui, exclu de la course à la succession. « Certains estiment qu’il faudrait attribuer le poste de vice-président à une personnalité docile avant d’installer le véritable successeur [de Paul Biya]. Cette hypothèse me paraît dangereuse.
À mon sens, la succession devrait se jouer directement entre les enfants biologiques du président, et l’un d’eux devrait être nommé à la vice-présidence », confiait-il, il y a peu, à Jeune Afrique.
Contactée, une source à la présidence de la République affirme que Franck Biya n’est pas « l’auteur de cette convocation » et que « c’est la justice qui s’est saisie du dossier ». Quoi qu’il en soit, la convocation de Baongla a eu pour effet de remettre au premier plan aussi bien la filiation qu’il revendique que sa rivalité avec Franck Biya.
L’instrument d’une guerre de clans ?
Aucune source officielle ne confirme, pour le moment, l’existence d’une plainte déposée au nom de Franck Biya. Jamais avare de publicité, Georges Gilbert Baongla pourrait décider de contre-attaquer, sur le terrain judiciaire, en contestant la filiation de Franck Biya. « Des plaintes sont en cours de préparation, au Cameroun comme en Europe, et plusieurs conseils travaillent déjà à leur formalisation », confie une source proche du dossier. Ces menaces seront-elles un jour suivies de faits ? Si oui, Georges Gilbert Baongla agit-il pour son propre compte ? Ou bénéficie-t-il, en coulisse, du soutien d’un clan de Yaoundé hostile à Franck Biya ?
Ces questions circulent dans les cercles de pouvoir, où certains estiment que Georges Gilbert Baongla dispose forcément de protections jusque dans les plus hautes sphères. Et, comme souvent avec ce type de personnage, réalité et fantasmes sont difficiles à dissocier. « Il n’y a que vous, les journalistes, qui me demandez de prouver que je suis le fils du président. Depuis le temps que je le dis, avez-vous vu la présidence réagir ? », insiste l’intéressé en s’adressant à Jeune Afrique.
Il y a quelques jours, rappelle l’une de nos sources, après que Jean de Dieu Momo, ministre délégué à la Justice, lui eut dénié la qualité de fils du président, Baongla avait été curieusement soutenu par Jacques Fame Ndongo, ministre de l’Enseignement supérieur et baron du Sud, la région d’origine de Paul Biya.


