Point de vue : De l’Eneo à la Socadel, un échec programmé

05 mai 2026
3 min de lecture
Point de vue : De l’Eneo à la Socadel, un échec programméle courrier du cameroun

Par Vincent-Sosthène FOUDA

Changer les noms, repeindre les façades, rebaptiser les ruines : voilà la liturgie préférée d’un système qui confond gouverner et maquiller.

De l’ENEO à la SOCADEL : la vieille recette du neuf qui sent le rance

Changer les noms, repeindre les façades, rebaptiser les ruines : voilà la liturgie préférée d’un système qui confond gouverner et maquiller.

Au Cameroun, on ne réforme pas : on rebaptise.

On ne corrige pas : on déplace les lettres.

On ne soigne pas : on change l’étiquette du médicament avarié.

De l’ONADEF à l’ANAFOR, de la SONEL à l’ENEO, et maintenant de l’ENEO à la SOCADEL, la méthode est toujours la même :

faire croire au peuple qu’un nouveau nom signifie une nouvelle ère, alors que ce n’est que la même besace trouée, la même gestion approximative, la même incurie, la même prédation — simplement parfumée pour masquer l’odeur.

Le système gouvernant camerounais ressemble au panier de Koulou la tortue :

un panier sans fond, où l’on verse des milliards qui disparaissent comme si l’État était un mirage et la gouvernance une fable racontée aux naïfs.

Ce qui change réellement, ce n’est pas la structure.

Ce n’est pas la vision.

Ce n’est pas la compétence.

Ce n’est pas la responsabilité.

Ce qui change, c’est la liste des bénéficiaires du prochain partage.

Car derrière chaque changement de nom, il y a une vérité nue :

le mapartisme, cette doctrine silencieuse qui dit :

« Ce n’est pas mieux que je veux, c’est mon tour que j’attends. »

Alors les complices applaudissent.

Les partisans se félicitent.

Les courtisans chantent.

Et le peuple, lui, agonise.

Il agonise dans le noir, dans les coupures, dans les factures délirantes, dans les routes qui s’effondrent, dans les hôpitaux qui manquent de tout, dans les écoles qui survivent par miracle.

Il agonise dans un pays où l’on croit qu’un changement de nom peut remplacer un changement de système.

Il agonise dans un pays où l’on traite les citoyens comme des spectateurs d’un théâtre où les acteurs jouent toujours la même pièce, mais changent seulement de costume.

Le peuple n’est plus dupe.

Il n’est plus cette foule que l’on roulait dans la farine.

Il est devenu ce peuple qui, à force de souffrir, attend sa propre dépouille sur place, comme dans les avis nécrologiques des années 80 où l’on annonçait la mort avant même que la vie n’ait fini de s’éteindre.

Changer ENEO en SOCADEL, c’est croire que le peuple a perdu la mémoire.

C’est croire que la douleur n’enseigne rien.

C’est croire que l’agonie ne parle pas.

Mais l’agonie parle.

Elle dit : « Nous voyons. Nous savons. Nous n’oublions pas. »

Et un jour, elle dira : « Nous ne subirons plus. »

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *