Cameroun: Voici comment naquit l’Undp…

08 octobre 2025
5 min de lecture
Cameroun: Voici comment naquit l’Undp…le courrier du cameroun

Avec Jean Pierre Du Pont

Le jour de l’adoption du nom de l’UNDPC (Union nationale pour le développement du Cameroun), les personnalités à l’initiative de cette appellation, réunies au domicile d’Aladji Tanko Hassan, étaient essentiellement des anciens barons du régime Ahidjo.

UNDP : la genèse méconnue, entre nostalgie et menaces.

Quand vous survolez superficiellement les archives des années de braise au Cameroun, il est mentionné que l’Union nationale pour la démocratie et le progrès (UNDP) a été créée le 4 février 1991 à Ngaoundéré, dans la région de l’Adamaoua. Or, la réalité historique est tout autre ! Car l’UNDPC, son nom initial jusqu’en 1992, est née à New Bell, chez Aladji Tanko Hassan, ancien président de la section du Wouri de l’UNC (Union nationale camerounaise) et ancienne oreille du président Ahidjo.

Le jour de l’adoption du nom de l’UNDPC (Union nationale pour le développement du Cameroun), les personnalités à l’initiative de cette appellation, réunies au domicile d’Aladji Tanko Hassan, étaient essentiellement des anciens barons du régime Ahidjo. Ils n’étaient pas tous originaires du Septentrion, comme on l’a souvent laissé croire ici et là, mais provenaient de toutes les régions du pays :

Nzoe Ekangaki, anglophone, ancien ministre d’Ahidjo, et deuxième secrétaire général de l’OUA (Organisation de l’unité africaine), ancêtre de l’Union africaine ; Samuel Eboua, dernier secrétaire général de la présidence d’Ahidjo et éphémère ministre d’État de Paul Biya, en charge de l’Agriculture ; Ayissi Mvodo Victor, ancien secrétaire politique de l’UNC, et ancien ministre d’État chargé de l’Administration territoriale ; William Aurélien Eteki Mboumoua, ancien ministre de l’Éducation nationale et de la Culture, et à ce titre patron de Paul Biya, ancien secrétaire général de l’OUA, et ancien ministre des Affaires étrangères de Paul Biya ; Abanda Metogo Valère, ancien conseiller technique à la présidence de la République et ancien directeur de banque ; Mbarga Thadée (protégé de Victor Ayissi Mvodo Victor), alors directeur des affaires politiques au ministère de l’Administration territoriale ; Guillaume Bwele, ancien ministre de l’Information ;

Pierre Flambeau Ngayep, ancien militant de la section-France de l’UNC ; Geneviève Fouda, fille de Fouda André, premier maire noir de la ville de Yaoundé, grand ami et confident d’Ahidjo, et ministre éphémère ; Delphine Tsanga, ancienne ministre des Affaires sociales, présidente de l’Organisation des femmes de l’UNC (OFUNC) et toute première femme à occuper un poste de ministre au Cameroun ; Hamadou Moustapha, ancien ministre ; Abdoulaye Yadji, fils de l’ancien ministre et ami d’enfance d’Ahidjo, Yadji Abdoulaye ; Issa Tchiroma Bakary, ancien militant UNC de la section-France, et ancien cheminot passé par la case prison sept ans durant sans procès ni condamnation ; Issa Bakary, ancien directeur général à la Gendarmerie nationale ; Tanko Hassan, homme de confiance d’Ahidjo, et ancien président de la section du Wouri de l’UNC ; Madame Rose Dibong ; Aroga ; Antar Gassagay et tant d’autres.

Quand débutent les travaux, ce jour-là à Douala, au domicile d’Aladji Tanko Hassan, à 14 heures précises, deux éminences manquent à l’appel : Ayissi Mvodo et Geneviève Fouda. Ne pouvant pas commencer la réunion, sorte de congrès constitutif, sans eux, tout le monde est contraint de patienter. Mais l’attente se fait de plus en plus longue.

Vers 20 heures, las d’attendre, on délègue un émissaire depuis Yaoundé au domicile d’Ayissi Mvodo Victor à Mfou, mais ce dernier ne s’y trouve étrangement pas. Idem pour Geneviève Fouda, également injoignable. Madame Germaine Ahidjo, initiatrice du projet, se trouve à Paris aux côtés de Bouba Bello Maïgari, qui a fait le voyage depuis son lieu d’exil à Kaduna, au nord du Nigéria. Conjointement avec l’ancienne Première dame, ils interrogent les congressistes au téléphone. Car il est tout de même 23 heures, et l’attente, souvenez-vous, a commencé à 14h:

— « Est-ce que Samuel Eboua est dans la salle ? »

L’interlocuteur à l’autre bout du combiné ayant répondu par l’affirmative, Madame Ahidjo fit :

— « Passez-le nous. »

Samuel Eboua, interpellé, se dirigea vers le podium et s’empara du combiné. À l’autre bout, on reconnut sans difficulté le timbre vocal de celui qui fut son secrétaire général adjoint à la Présidence de la République sous Ahidjo.

— « Allô ! Monsieur Eboua ? »

— « Oui, c’est bien moi. »

— « Ici Bello Bouba au téléphone. Devant la défection d’Ayissi, accepteriez-vous de devenir président du parti ? Nous pensons, Madame Ahidjo et moi, que vous en avez parfaitement le profil. »

— « Euh… pourquoi pas ? »

— « Vous acceptez ? »

— « Oui, j’accepte. »

— « Alors il ne me reste plus qu’à vous présenter mes plus vives félicitations, Monsieur le Président… »

Les participants se levèrent comme un seul homme et se mirent à chanter l’hymne national à tue-tête. Certains pleuraient à chaudes larmes, de nostalgie, après avoir entendu le timbre vocal de Madame Ahidjo, pour la première fois depuis son départ définitif du Cameroun en 1983.

Une fois la légalisation des textes du parti actée, Ayissi Mvodo Victor sortit enfin du bois et révéla qu’il avait fait l’objet de violentes menaces, sous la forme de centaines de milliers de tracts insultants, disant en substance :

— « Si tu te rends à Douala, tu es un homme mort ; laisse les Haoussa faire leurs choses entre eux… »

Jean-Pierre Du Pont

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