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Avec Jean Pierre Du pont

Quand Biya vint incidemment à apprendre le dénuement et l’indigence dans lesquels vivait son  » frère » Bello en exil dans la ville de Kaduna au Nigéria, il y dépêcha daredare et toutes affaires cessantes , René Sadi avec instructions d’aménager une rente mensuelle de 16 millions de francs CFA. Car disait-il , il n’est pas reluisant pour le prestige et l’image du Cameroun, que son ancien premier ministre vive ouvertement dans la précarité et le besoin , qui plus est à l’étranger. Autrement dit : cela porte atteinte à la réputation du Cameroun, car un haut responsable de l’État, censé être respecté et soutenu, se retrouve dans une situation difficile et exposée, ce qui peut donner une impression négative du pays à l’international.

Le chien ne change jamais sa manière de s’asseoir.

Hegel disait que « l’histoire est le lieu du déploiement de la raison universelle ». Jean d’Ormesson renchérissait : « Quand tout est fini, il reste l’histoire. » Nul ne peut comprendre la personnalité et le logiciel de pensée de Bouba Bello Maïgari sans replonger dans le parcours de celui que le président Ahmadou Ahidjo lui-même avait un jour, en petit comité, qualifié de « Paul Biya du Nord ».

En effet, Paul Biya et Bouba Bello Maïgari sont frères. Pas au sens biologique ou conventionnel du terme, mais des frères d’un autre père et d’une autre mère, comme le disent familièrement les Camerounais. À quelques nuances près, leurs trajectoires sont similaires. Paul Biya a été conseiller technique, chargé de mission, directeur du cabinet civil, secrétaire à la présidence, puis directeur de cabinet et secrétaire général au ministère de l’Éducation nationale sous William Aurélien Eteki Mboumoua, avant de devenir Premier ministre en 1975. Bouba Bello, lui, fut ministre très jeune, secrétaire général adjoint de la présidence sous Samuel Eboua, puis le tout premier Premier ministre de Paul Biya en 1982.

Les deux hommes se sont humés et semblent se respecter mutuellement. Bello, comme Biya, ne se prend pas pour une mandarine et nourrit une haute idée de son destin. Paul Biya, fils de catéchiste-paysan, n’est pas de naissance royale, mais dès son plus jeune âge, il a perçu la « supériorité » de son destin. Il adopta même, de sa propre initiative, pour en faire un patronyme , le sobriquet désobligeant (« Biya’a »), initialement attribué à un cousin remuant de son père, Abondo Mengue de son vrai nom à l’état civil. Formé pour devenir prêtre, il renonça à cette voie pour commander et diriger les hommes, éliminant au passage l’un de ses mentors spirituels.

On retrouve ces mêmes dispositions chez Bouba Bello Maïgari, qui n’hésite pas à se montrer insolent envers Madame Ahidjo, l’inspiratrice de l’UNDP (initialement UNC), avant le veto de Paul Biya, qui fit émerger le RDPC sur les cendres de l’ancien parti. Pour Bello, la prééminence de l’État — qu’il tend parfois à confondre avec l’autocratie des Lamibé peul/fulbé — passe avant tout. Comme Biya, ce qu’il considère comme l’intérêt supérieur de la nation se résume au protocole et au mythe de l’exercice autoritaire et solitaire du pouvoir.

Quand Biya vint incidemment à apprendre le dénuement et l’indigence dans lesquels vivait son  » frère » Bello en exil dans la ville de Kaduna au Nigéria, il y dépêcha daredare et toutes affaires cessantes , René Sadi avec instructions d’aménager une rente mensuelle de 16 millions de francs CFA. Car disait-il , il n’est pas reluisant pour le prestige et l’image du Cameroun, que son ancien premier ministre vive ouvertement dans la précarité et le besoin , qui plus est à l’étranger. Autrement dit : cela porte atteinte à la réputation du Cameroun, car un haut responsable de l’État, censé être respecté et soutenu, se retrouve dans une situation difficile et exposée, ce qui peut donner une impression négative du pays à l’international.

Chez Bello comme chez Biya, la politique, inspirée par les pères fondateurs de la Grèce antique, devrait revenir à ses fondamentaux : la gestion des affaires publiques confiée à une élite. Mais à la différence des Grecs d’Aristote et de Socrate, cette élite ne se définit pas par le savoir, mais par la naissance et la fortune. Aux yeux de Bello, qui se prend pour un Maguida, collaborer avec un « Macthédo » (esclave ou captif en peul) signifie l’aligner automatiquement sous sa férule. Une alliance avec un « Macthédo » dans une configuration où celui-ci aurait le contrôle, ferait de Bello un obligé. Pour lui, la perception de son rang et de son statut rend cela suicidaire.

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