Avec Jean-Pierre Du Pont
Mais la lune de miel est brève. Le 18 juin 1983, à deux jours de la visite du président français François Mitterrand, la première fissure apparaît. Biya surprend Bello Maïgari en retouchant le gouvernement sans le consulter. Bien que le Premier ministre ait conservé son poste jusque-là, il sera bientôt limogé. Celui qu’Ahidjo avait placé à ses côtés pour le surveiller comprend que son rôle devient inutile. Le limogeage de Bello Maïgari surviendra lorsque Biya décidera de s’affranchir totalement de toute dépendance.
Le Dauphin et le Régent
Le 6 novembre 1982, Ahmadou Ahidjo quitte le pouvoir. Dans le calme solennel d’un matin lourd de symboles, il tend à Paul Biya, le « dauphin » offert aux Camerounais, la clé d’un palais somptueux. Six mois plus tôt, il l’avait inauguré sous les acclamations, et l’on murmure encore que sa construction a englouti 200 milliards de francs CFA, le double du coût initial après dévaluation. Ce geste, pourtant, n’est pas qu’une simple remise de clés : c’est un testament. Ahidjo impose une règle claire, presque solennelle : Biya et Bouba Bello Maïgari doivent travailler en harmonie, pour garantir la stabilité et le prestige du Cameroun.
Quelques mois auparavant, le pays avait fêté ses Lions Indomptables, revenus d’Espagne invaincus de leur première Coupe du Monde. Aucun match gagné, certes, mais aucun perdu non plus. Une métaphore parfaite du fragile équilibre qu’Ahidjo souhaitait léguer : la victoire, parfois, se mesure aussi à l’art de ne pas tomber.
Biya, conscient de la portée de ces mots, se montre attentif à Bello Maïgari, le jeune Premier ministre. La veille de la passation, Ahidjo organise un déjeuner stratégique, affinant les derniers détails : maintenir coûte que coûte l’équilibre Nord-Sud, surveiller l’Ouest, traiter les Bamiléké avec nuance — « ils sont appliqués et dévoués », rappelle-t-il, « il faut en tenir compte ».
Mais la lune de miel est brève. Le 18 juin 1983, à deux jours de la visite du président français François Mitterrand, la première fissure apparaît. Biya surprend Bello Maïgari en retouchant le gouvernement sans le consulter. Bien que le Premier ministre ait conservé son poste jusque-là, il sera bientôt limogé. Celui qu’Ahidjo avait placé à ses côtés pour le surveiller comprend que son rôle devient inutile. Le limogeage de Bello Maïgari surviendra lorsque Biya décidera de s’affranchir totalement de toute dépendance.
Dans le remaniement, certains ministres restent, comme Maïkano Abdoulaye à la Défense. Mais les Ahidjoïstes les plus loyaux sont écartés : Samuel Eboua, Ayissi Mvodo Victor, Sadou Saoudou. Ahidjo, qui suit les événements par RFI, est saisi de stupeur devant l’effondrement de ses fidèles, sans qu’il n’ait été consulté.
Tel un félin dans l’ombre, Biya frappe silencieusement, toujours prudent, toujours calculateur. Très vite, il comprend l’évidence : le pouvoir ne se partage pas. Et dans ce jeu, la patience et la discrétion valent plus que la force brute.
