Avec Jean Pierre Du Pont
La preuve éclate au grand jour en 1982. Quand Ahidjo, trompé par un médecin français piloté depuis l’Élysée, se croit condamné et désigne Biya comme successeur, il tente de verrouiller l’avenir en imposant son fidèle Sadou Daoudou comme Premier ministre.
Bouba Bello Maïgari : un infiltré de Biya au sein du régime Ahidjo.
Quand l’histoire officielle aura cessé de bercer le peuple de fables édifiantes, et que les acteurs de l’ère Ahidjo-Biya auront quitté la scène, il faudra bien que les historiens réouvrent les archives sans passion ni œillères. Alors on découvrira ce que beaucoup soupçonnaient déjà : au cœur du système Ahidjo se cachaient des infiltrés, à commencer par Paul Biya lui-même, dauphin imposé mais étranger au sérail, placé là comme un cheval de Troie. Et derrière lui, un complice fidèle : Bouba Bello Maïgari.

On s’est longtemps plu à présenter Bello comme une victime collatérale des grandes manœuvres du pouvoir. En réalité, il n’a jamais cessé d’être l’allié discret, mais essentiel, de Biya. Deux hommes qui, derrière les querelles de façade, se tiennent par la barbichette — et, pour parler plus cru, par les parties. Si l’un tombe, l’autre l’accompagne dans sa chute. Ni l’un ni l’autre n’a jamais eu l’étoffe des bâtisseurs ; ce sont des seconds rôles, des « couilles molles » comme on disait jadis, mais qui savent admirablement survivre dans l’ombre des vrais chefs.
La preuve éclate au grand jour en 1982. Quand Ahidjo, trompé par un médecin français piloté depuis l’Élysée, se croit condamné et désigne Biya comme successeur, il tente de verrouiller l’avenir en imposant son fidèle Sadou Daoudou comme Premier ministre. Biya refuse net, menace de tout envoyer valser, puis propose un nom : Bouba Bello Maïgari. Ahidjo, naïf ou trop sûr de lui, croit encore que Bello est un homme de sa garde. Erreur fatale. C’est le scénario du double-jeu, digne de Sarkozy entre Chirac et Balladur : chacun pense tenir son homme, mais l’essentiel est que l’autre le croie.
Un détail aurait pourtant dû éveiller les soupçons d’Ahidjo : le seul ministre pour qui Biya plaidait systématiquement, le seul dont il soignait la carrière dans l’ombre, c’était Bello. Tout montre que l’ascension de ce dernier doit moins à son mérite qu’à la main discrète de Biya. Dès lors, peut-on sérieusement croire que cet homme, construit de toutes pièces pour consolider le règne de son protecteur, aurait jamais songé à le combattre, par les urnes ou autrement ?
Croire à une telle fable, c’est vraiment prendre les enfants du Bon Dieu pour des oies sauvages.
