Je suis dans la dessoumissi on deon. Il y a des moments où l’administration semble oublier qu’elle n’est pas la matrice de la société, mais seulement son instrument.
Lorsqu’un ministère et ses démembrements — fût-il celui des Finances — prétend contester la paternité ou la maternité déclarée par un citoyen, il franchit une frontière que ni la loi, ni la morale, ni l’histoire africaine ne lui permettent de traverser.
Au Cameroun, la filiation n’est pas un dossier comptable. C’est un fait social total, pour reprendre l’expression de Marcel Mauss, et un fait juridique strictement encadré. Le ministre des Finances n’a aucune compétence pour dire à un enfant qui est son père ou sa mère. La loi l’interdit. La tradition l’interdit. Et même le chef de l’État l’a rappelé en 2008.
Le droit camerounais est clair : la filiation relève du juge, pas du ministre Le Code civil, encore largement en vigueur, ne laisse aucune ambiguïté : Article 312 : « L’enfant conçu pendant le mariage a pour père le mari. » Articles 318 à 322 : seules les personnes directement concernées — père, mère, enfant — peuvent contester la filiation, et uniquement devant un tribunal. L’administration, elle, doit se contenter de prendre acte des documents d’état civil.
Elle n’a pas le droit de les interpréter, encore moins de les contester. Comme le rappelle l’article 47 du même Code : « Les actes de l’état civil font foi jusqu’à inscription de faux. » Autrement dit : tant qu’un juge n’a pas dit le contraire, l’acte de naissance est la vérité officielle. 2008 : Paul Biya met fin aux dérives administratives.
En 2008, face aux excès de certaines administrations exigeant des preuves de paternité ou des tests ADN pour valider des dossiers de pension, le président Paul Biya a tranché : Aucune administration ne peut exiger la preuve de la paternité ou de la maternité d’un citoyen. Cette position n’était pas seulement politique. Elle était profondément juridique. Elle rappelait que l’État ne peut pas s’immiscer dans l’intimité des familles.
L’Afrique a toujours su que la filiation dépasse la biologie Les sociétés africaines n’ont jamais réduit la filiation à un test sanguin. Elles savent que la famille est un espace social, symbolique, spirituel. Le philosophe congolais Valentin Mudimbe écrivait que l’Afrique est un « réseau de parentés » où l’identité se construit dans la relation, pas dans le laboratoire. Le philosophe béninois Paulin Hountondji rappelait que la vérité africaine est d’abord une vérité vécue, pas une vérité administrative. Et le Camerounais Fabien Eboussi Boulaga insistait : « L’homme africain est un être de liens. » Dans cette perspective, vouloir réduire la filiation à un acte administratif ou à une enquête bureaucratique est une violence culturelle.
Quand l’administration veut devenir juge, elle devient arbitraire Si demain un ministre pouvait décider qu’un enfant n’est pas celui de son père déclaré, alors : la séparation des pouvoirs serait violée, la vie privée serait piétinée, les familles seraient livrées à l’arbitraire administratif. Ce serait une dérive dangereuse, contraire à la Constitution, qui garantit la protection de la famille et de la vie privée. Comme le disait le philosophe camerounais Basile Juleat Fouda, « La liberté commence là où cesse l’arbitraire. »
Conclusion : la filiation n’est pas un formulaire
La filiation est un fait humain, social, juridique. Elle ne se décide pas dans un bureau ministériel. Elle ne se conteste pas par circulaire. Elle ne s’évalue pas à l’aune d’un dossier de pension. Le ministre des Finances n’a ni le droit, ni la légitimité, ni la compétence pour contester la paternité ou la maternité déclarée par un citoyen. Le droit camerounais l’interdit. La tradition africaine le récuse. La présidence de la République l’a rappelé. Et la dignité humaine l’exige. Alors messieurs laissez les camerounais et les camerounaises s’occuper de leurs enfants.


