Pillage d’or : 216 sociétés épinglées par le Ministère des mines

09 juin 2026
6 min de lecture
Pillage d’or : 216 sociétés épinglées par le Ministère des minesle courrier du cameroun

Contrairement à ce qui a été abondamment relayé sur les réseaux sociaux ces derniers mois souvent sans la moindre preuve documentaire, le gouvernement camerounais a rendu publique une liste détaillée de plus de 216 sociétés et exploitants identifiés dans le cadre de l’exploitation aurifère illégale dans les régions de l’Est et de l’Adamaoua.

Alors que de nombreuses accusations ont été portées ces dernières années contre diverses personnalités, hommes d’affaires et responsables présentés comme les principaux artisans du pillage de l’or camerounais, force est de constater que plusieurs noms régulièrement cités dans l’espace public n’apparaissent pas dans cette liste officielle. Cette réalité invite à la prudence et rappelle une exigence fondamentale : dans un État de droit, l’accusation sans preuve n’est pas une forme de justice c’est une autre forme d’injustice.

UN DOCUMENT OFFICIEL QUI RÉVÈLE L’AMPLEUR DU PHÉNOMÈNE

Un document exclusif obtenu auprès du Ministère des Mines, de l’Industrie et du Développement Technologique révèle une réalité bien plus complexe que celle souvent présentée dans le débat public. Ce rapport dresse une liste actualisée de 216 exploitants et sociétés opérant dans les régions de l’Est et de l’Adamaoua, dont plusieurs exercent leurs activités sans autorisation ou en violation flagrante des dispositions réglementaires en vigueur.

Le document identifie des entreprises locales et étrangères, principalement actives dans l’exploitation artisanale semi-mécanisée de l’or, ainsi que plusieurs opérateurs dont l’identité demeure partiellement inconnue des services de l’État. Les infractions relevées sont variées mais convergent vers un même constat : exploitation sans autorisation, non-respect des obligations environnementales, abandon de sites, déplacement hors des périmètres attribués, ou encore incapacité chronique à atteindre les seuils minimaux de production exigés par la réglementation nationale.

LES PRINCIPALES ENTREPRISES IDENTIFIÉES

Parmi les sociétés épinglées par le Ministère des Mines figurent notamment :

Alpha Mining, Alpha Mining Bis, Bozen Mining, Climat Dubaï, Djinjun Mining, Gold Field, Gold Lion, Gold River, Maling Macha Mining, Marcha Mali Mining, Mines Industrielles du Cameroun, Phoenix International, Phoenix Mining, Shunda, Shunda Mining, Sky Gold Mining, Wu Mining, Xin Xin Mining, Yahong Mining, Galaxy Mining, Sheng Xin Mining, Youh Mining, Wooh Mining, Folous Mining, Barwe Mining, Adi Mekin Mining, Adjimekir Mining, Cabouba Mining, Camp Marie, Demba Mining, Galaxi Mining and Resources, Gold Diong Mining SARL, Goldian Mining SARL, Malewa Mining, Qiang Sheng Mining SARL, Shalom SARL, Superland Mining, Tingong Mining, Xing Huang, Xing Yuan, Yanding Mining, Yang-Chi, Zhong Mining, Africa Mining, Aya Mining SARL, Bao Xiu SARL, Camero Huijin Mining, ETS Akosso SARL, ETS Gaba, ETS Pelle d’Or, Fu Yuan FY SARL, Garga Mining, GDA Mining, Global Mining Cameroon SARL, Kanle, Rizing Consulting Mining, Solidarité Minière du Cameroun (SOMCA), Sotragec Mining, Baoli Jun, Friends Mining Consulting, Kang Xin Mining SARL, Lin Xing Rong Mining SARL, M3G Mining SARL, Mewang Mining, Ming Cheng Trade Co. Ltd, Peace Mining Betare SARL, Zhengguo SARL, Wang Mining, Yang Ching Mining, AFO, Apouma Mining, Beleko Mining SARL, Beneficial Mining, Cameroon Xin Wang SARL, Compagnie d’Or Yang et Wawa Dobara SARL, Constellation SARL, Dozoubou Mining, El Dorado, Koumanda Mining, Lambert SARL, Sunrise Cameroun SARL, Triumph SARL, Wang Bi Cheng, Zhou Mining, Zinari SARL, Wangcai Qianyi Rock and Mining Group, Jing Fing, Amir Mining, NSO 1, NSO 2 et NSO 3 Mining, Société Camerounaise de Recherche et d’Exploitation Minière, Cameroon Golding Wrapper Group SARL, MBC Mining SARL, CKJ SARL, CKN Mining SARL, Levi Holdings SARL, Compagnie Shunda SARL, Tiangong, Duc In Altum Mining SARL, Geryl SARL, C12 SARL, Golden Sand, Socrem SARL, Mining Factory I et II, Silverstone Mining, Bintou SARL, Batouri Mining Plus, Nouvelle Vision Mining SARL, Green Stones and Metals, NRM Holding et Xin Yuang.

Le document mentionne également plusieurs personnes physiques directement associées à certaines de ces activités, notamment Aniele Eugène, Cobio, Mama, Moustapha Halil, Kuete Gustave, Bowe Renaud Baowoh, Ernest Ngoh Fonang, Djombi Emile Zoller, Begoume David, Njapo Thierry, Yawoui Alex et Niezom Georges Marcial.

UN SECTEUR EN COURS DE RESTRUCTURATION

Le Ministère précise que certaines des entreprises concernées ont engagé un processus de régularisation, conformément au plan de restructuration mis en place par le gouvernement pour assainir le secteur et renforcer le respect des normes environnementales, fiscales et techniques applicables aux activités minières. C’est un signal positif mais il ne saurait occulter l’ampleur des dysfonctionnements documentés, ni dispenser l’État d’un suivi rigoureux et transparent des suites données à chaque dossier.

LA QUESTION QUI DÉPASSE LA LISTE : OÙ VA L’OR DU CAMEROUN ?

Au-delà des noms et des infractions répertoriées, la publication de ce registre soulève une question de souveraineté économique que le Cameroun ne peut plus continuer à éluder : où va l’or extrait de son sous-sol ? Dans sa grande majorité, il quitte le territoire à l’état brut — minerai grossièrement trié, lingots non certifiés, pépites sans traçabilité — pour être raffiné et valorisé ailleurs, notamment à Dubaï, devenu l’une des principales plaques tournantes mondiales du négoce de l’or africain.

Ce schéma n’est pas une fatalité. Il est le symptôme d’un vide stratégique que le Cameroun a les moyens de combler.

L’ÉTAT CAMEROUNAIS FACE À SES PROPRES DONNÉES

La publication de ce registre est un acte de transparence qu’il faut saluer. Mais la transparence n’est vertueuse que si elle débouche sur des actes. Quelles sanctions ont été effectivement prononcées ? Quels sites ont été fermés et sécurisés ? Quels dossiers ont été transmis aux juridictions compétentes ? Ces questions méritent des réponses publiques.

L’or camerounais ne disparaît pas dans la nature. Il part quelque part, enrichit quelqu’un, finance quelque chose. Tant que le Cameroun se contentera d’enregistrer les irrégularités sans les sanctionner, et d’exporter sa richesse brute sans la transformer, il restera ce que certains observateurs appellent avec amertume un pays de transit de sa propre fortune.

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