Source Le Parisien
Le pouvoir camerounais s’exerce désormais depuis Genève. Malgré les assurances du gouvernement, l’absence prolongée de Paul Biya ravive les critiques de l’opposition et les interrogations sur sa succession.
Genève serait-elle devenue le véritable épicentre du pouvoir Camerounais ? Depuis le 7 juin dernier, le président Paul Biya est en Suisse, portant à plus de soixante-cinq jours la durée de son absence loin de son pays – une première pour celui qui est au pouvoir depuis quarante-trois ans.
Les spéculations autour de sa capacité à gérer le pays à distance fusent au Cameroun. Faute de l’apercevoir, certains se demandent même si le président est encore en vie.
Car la dégradation de l’état de santé de l’homme de 93 ans est un secret de polichinelle. Le 20 mai dernier, à l’occasion de la fête de l’Unité dans la capitale Yaoundé, Paul Biya a été victime d’un malaise dans sa résidence. Dix-huit jours plus tard, le président annonce se rendre en terres helvètes dans le cadre d’un « séjour privé en Europe ». Il est accompagné de toute une délégation du pouvoir camerounais, pour assurer une gouvernance à distance.
Sa santé se fragilise, son pouvoir aussi
Peu de doutes subsistent alors quant à la véritable teneur de son voyage. Le média Jeune Afrique révèle fin juillet que le président est hospitalisé dans une clinique privée de Genève, en convalescence d’un nouveau malaise survenu autour du 11 juillet — n’en déplaise à Paul Biya qui a interdit en 2024 aux journalistes de relayer des informations sur son état de santé. De son côté, la présidence dément toute hospitalisation.
Au Cameroun, les rumeurs enflent malgré tout et forcent le porte-parole du gouvernement, René Emmanuel Sadi, à affirmer que « le président est en vie » sur RFI le 2 août. Le ministre de la Communication se garde bien de donner une date précise du retour de son patron, se contentant d’un vague « il revient très bientôt ».
Mais, plus d’une semaine plus tard, Paul Biya n’a toujours pas foulé le tarmac de l’aéroport international de Yaoundé. Il reste invisible. Comme seule preuve de l’exercice de son pouvoir à distance, Il enchaîne les nominations au sein de l’armée. Cinq nouveaux généraux ont été nommés début août.
Une décision qui ressemble à un verrouillage du pouvoir. Dans la région, le spectre du coup d’État militaire survenu au Gabon voisin en 2023 reste dans tous les esprits. Sous pression, Paul Biya a donc choisi de placer ses fidèles à des postes clés. C’est le cas de Raymond Jean Charles Beko’o Abondo, chef de la garde présidentiel depuis treize ans, maintenu à son poste et nommé général de brigade.
Mais les décrets présidentiels à répétition depuis Genève ne suffisent pas à calmer les critiques. Le MRC, l’un des principaux partis d’opposition camerounais, réclame par la voix de son secrétaire général Roger Justin Noah plus de « preuves sur l’exercice réel des fonctions présidentielles » ainsi que la nomination d’un nouveau gouvernement, annoncée par Paul Biya en décembre 2025 — jamais effectuée.
Le plus vieux chef d’État du monde
Depuis sa réélection contestée en octobre 2025, Paul Biya compose avec une gronde grandissante au sein du pays. Lors de la création du poste de vice-président en avril dernier — que Paul Biya n’a pas encore nommé — son principal opposant Issa Tchiroma Bakary accusait le chef d’État de « dérive monarchique du pouvoir illégitime ».
Car le poste de numéro deux du régime s’apparente à celui de successeur de Paul Biya : il aurait la charge de finir son mandat (courant jusqu’en 2032, année de son 99e anniversaire) en cas de décès « prématuré » du plus vieux chef d’État du monde.
Dans l’attente de la nomination du vice-président et du nouveau gouvernement, les membres de son parti continuent à défendre allègrement leur chef et rappellent qu’aucune loi au Cameroun n’empêche de diriger le pays à distance.


